Historique de la Maison Visinand

La Maison Visinand se situe au cœur de la Vieille Ville de Montreux, c’est une des plus belles maisons de la ville. Eugène Rambert y naquit en 1830. Le bâtiment est classé monument historique.

L’actuelle maison Visinand a longtemps servi d’hôtel de ville aux « communiers » du Châtelard. Sa date de construction exacte n’est pas connue, mais il semble que l’édifice existe au XVIe siècle déjà ; il est alors le fief d’Adam de Garmiswil, qui la tenait des comtes de Gruyères1. Il devient vraisemblablement propriété communale à la fin du siècle ; des importantes transformations sont en tout cas attestées en 1592 dans les comptes communaux. En 1608, la « Maison de ladite Commune du Chastellard au Village de Sales »2 abrite une auberge, la salle du conseil général et un local pour les archives du Conseil. Selon un inventaire plus tardif3, on peut situer ce local d’archives au premier étage, près de la cuisine, dans une pièce voûtée, dite « crotte ». Il n’est pas inintéressant de noter que c’est dès cette date de 1592 que les documents anciens de la commune, toujours conservés aux Archives, sont de plus en plus nombreux : la série des comptes communaux, par exemple, est en effet presque complète dès cette date-là. La création d’un tel local ininflammable et imperméable a donc eu un véritable effet sur la transmission à travers les siècles des documents importants de la communauté.

La maison est considérablement modifiée à la fin du XVIIIe siècle. Les comptes communaux nous apprennent en effet que des « réparations (ont été) faites au Logis de Sales, à la Boucherie & Maison neuve contiguë, faites d’ordre du Conseil »4. On ignore l’ampleur des travaux, mais ils semblent être importants : en effet, les textes mentionnent un « architecte », Jean Weibel5, ce qui est rare à l’époque dans la région. En outre, est fait mention d’un « Sieur Lombard Tailleur de Pierre », sans doute un maçon italien spécialisé dans la taille des marches d’escaliers, dont il livre 64 exemplaires en « marbre » (pierre de Saint-Triphon). Les maîtres charpentiers David et Abram Favre sont payés pour les 154 journées qu’ils ont passé à ce chantier, les « Italiens Maîtres Maçons » pour 146. Le célèbre potier Jean Ulrich Küchli, de Vevey, apparaît aussi, car il fournit le poêle en faïence qui chauffe la salle de commune.

Au vu de l’importance des sommes dépensées et du temps pris pour ces travaux, il semble qu’une grande partie de l’actuelle maison Visinand date de cette intervention de 1777-1778. Jean Weibel est peut-être le premier architecte de l’histoire montreusienne attesté dans les sources et dont l’œuvre est toujours existante.

Au début du siècle suivant, la Municipalité, « obligée d’après la loi du 28 mais 1806 d’acheter ou construire des maisons d’école, a demandé (au Conseil) pour faire face à cette dépense, de vendre la maison de commune qui est un cabaret (auberge) »6. L’acheteur devra réserver à la commune un local pour les archives et une chambre pour les assemblées, qu’il devra chauffer « trois fois par mois en saison froide, lorsqu’il en sera prévenu »7. Des réparations sont faites peu après de façon à pouvoir loger le régent (l’instituteur), car une classe va être ouverte dans une chambre de l’auberge, faute de place ailleurs8. Difficile à vendre en raison des nombreuses servitudes qui le grève, le bâtiment est finalement mis aux enchères publiques. L’acquéreur est Jean David Borcard, déjà tenancier de l’auberge, qui décède peu après ; en 1811, l’aubergiste se nomme Monnet et l’année suivante, en 1812, François Louis Visinand est cité comme propriétaire. On lui accorde une patente d’auberge en 1818 ; l’établissement prend alors le nom de « La Couronne ». La maison restera aux mains de sa famille durant une partie du siècle et deviendra la Pension Visinand. L’actuelle appellation en remémore le souvenir.

Description

La maison Visinand se présente comme un édifice caractéristique de l’architecture de la région à la fin du XVIIIe siècle. De proportions imposantes, elle est couverte par un large toit à demi-croupes, soulignée en façade principale par un large avant-toit lambrissé. Des rangées de fenêtres en arc surbaissé, marquées par des tablettes moulurées, perçent les façades. La récente restauration de la maison a remis en valeur son décor peint ancien, avec crépi à la chaux clair rehaussé par des éléments plus foncés, comme les chambranles des portes et des fenêtres ainsi que les chaînes d’angle. L’entrée principale de la maison se fait par un perron surélevé sous lequel se trouve l’entrée du caveau où loge depuis 1964 le Théâtre Montreux-Riviera (ancien Théâtre du Vieux-Quartier-TVQ).

Sources d’archives :

  1. Archives de Montreux, Châtelard (dorénavant : AM, Chd), GB2a, plan cadastral, 1770, folio 102
  2. AM, Chd, GA 16, brouillrd de la Grosse Muriset, folio 508v.
  3. Archives cantonales vaudoises, GEB341/6, taxation des bâtiments, 1838
  4. AM, Chd, F80, comptes 1777-1778. Toutes les mentions suivantes proviennent de la même source. La boucherie se situe à l’emplacement de l’ancienne bibliothèque municipale.
  5. Weibel est aussi actif à Vevey, où il est cité comme maître-maçon.
  6. AM, Chd, A37, Procès-verbaux de la Municipalité, 27 juillet 1807
  7. AM, Chd, A37, Procès-verbaux de la Municipalité, 19 janvier 1807 ; 5 septembre 1807
  8. AM Chd, A37, Procès-verbaux de la Municipalité, 4 juillet 1807

Autres :

Evelyne Lüthi-Graf, « historique de la dite maison Visinand », ms., 19 mai 1992.

Bibliographie :

Olvier Rapin, Le théâtre du Vieux-Quartier : un théâtre, une région, une passion, Montreux, La Tour-de-Peilz (etc.), Ed. du Centre dramatique Chablais-Riviera, 1997 ; Dave Lüthi, « Montreux », in Panorama des Archives communales vaudoises, 1401-2003, Lausanne, Bibliothèque historique vaudoise, 124, à paraître en octobre 2003