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Exposition Janvier, peinture récente

Article Rivierart

Janvier, Fragments d’infini

 All over. C’est le nom que l’on donne à la pratique picturale qui consiste à occuper uniformément toute la surface du tableau, comme pour permettre à la peinture de se propager hors cadre et contaminer tout l’espace alentour. La peinture de Janvier peut rappeler cette démarche dont Pollock est le prophète. Pour autant, il ne fait pas du Pollock. Ni coulures, ni égouttures, ce qui le relie à l’Américain, c’est cet envahissement de la surface, cette saturation de la touche et de la couleur, et cette quête éperdue de fragments d’infini.

Janvier : curieuse signature pour un peintre qui, loin des silences et des blancheurs hivernales, s’enivre de couleurs vibrionnantes, de rythmes et de musicalité. En réalité, le nom de moine que René Houriet s’était choisi n’a rien de saisonnier. Il fait référence à Janus, le dieu à deux visages : l’un tourné vers le passé, l’autre vers le futur. Sa formation d’horloger et ses cinq ans de vie monastique lui ont donné le sens de la concentration et la soif de comprendre. Mais pas question pour lui de représenter les spectacles du monde. Le but de sa peinture est ailleurs. Elle le met, dit-il, « en accord avec la création » . Avec sa part de merveilleux qui touche au divin, et sa part de sauvagerie et de chaos. Plus jeune, sa touche exubérante les évoquait avec une fougue toute expressionniste. Aujourd’hui, son geste s’est apaisé et intériorisé. Privilégiant les tons pastels, ses cosmogonies frémissantes sont devenues plus contemplatives.

Sans croquis ni préméditation, sa peinture s’invente en direct et se sédimente en deux temps : presto par le geste qui pose la couleur à petites touches rapides, et adagio dans la lente superposition des couches qui font entrer tout l’espace en vibration. Parfois un fin tracé ovale se dessine en filigrane sur fond de poussières d’étoiles. Une présence. Une icône peut-être? Il préfère les appeler des Otages. Comme un rappel laconique du tragique de la condition humaine qui n’a de pire ennemi qu’elle-même. Mais qui en appelle à une nouvelle genèse, la naissance d’une harmonie nouvelle.

Entre la Suisse et la France (le canton de Berne et le Jura de son enfance, la région montreusienne, l’Aveyron et maintenant Vallorbe), Janvier alterne les périodes d’immersion solitaire dans la peinture et ses voyages au long cours : l’Inde, le Mexique et surtout l’Afrique où il retrouve la famille de son fils adoptif, et où il se consacre à la sculpture en bronze avec la complicité d’artisans burkinabe.

Françoise Jaunin, critique d’art

Exposition du 13 mai au 25 juin 2017